La Thillaye, résidence d’artistes : l’ancienne demeure normande du peintre André Hambourg - samedi 13 juin 2026 à 17h à la Villa Musée Montebello
Par Jean-François Masse
Après avoir parcouru le monde, André Hambourg va trouver dans la campagne normande, près de la mer à Englesqueville en Auge dans un lieu calme et enchanteur, des vieux bâtiments fermiers qu’il va restaurer et transformer pour créer son décor : un Giverny intimiste composé d’arbres, de fleurs et d’animaux qu’il peindra aux quatre saisons.
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En 1930, 1931, 1932, André HAMBOURG fait de courts séjours à Etretat. Lors d’un de ces séjours, il prend un vieil autobus pour aller découvrir Le Havre, une ville dynamique avec son port haut en couleurs. Il décide de s’offrir une petite croisière à bord d’un bateau qui assure la traversée de l’estuaire. Une heure plus tard il accoste à Honfleur et le charme opère !
De 1933 à 1936, il fait de nombreux voyages : Algérie, Espagne.
Au cours des étés 1937, 1938 et 1939, il retrouve Honfleur. Il prend pension à l’hôtel du Cheval blanc en bordure du quai des passagers. C’est l’hôtel des peintres car, de leur chambre, ils découvrent le port et les bassins. André y côtoie Othon Friez. La propriétaire, Mme Laloy, accepte les paiements sous forme de toiles ou de dessins…
A l’issue de la guerre en 1946, 1947, 1948, il revient passer une partie de l’été dans le petit port normand. Il pose son chevalet autour du vieux bassin et près du vieil hôpital et de son phare au lieu-dit « le maudit bout ». On y remarque une belle et curieuse maison baptisée « Les embruns » : c’est la propriété du docteur Rachet, ami des artistes et grand amateur de peinture. André va sympathiser avec le docteur qui l’invite dans sa maison ; il pourra, du premier étage, à l’abri, composer plusieurs tableaux. A cette époque, la mer vient encore lécher la base du vieux phare.
André fait alors la connaissance de Nicole, la fille du docteur Rachet. C’est une ravissante jeune femme de 23 ans, licenciée en droit ; elle aime la musique, elle joue du piano et chante à ravir. Comme son père, elle apprécie la peinture : une idylle va naître avec le peintre qui en fera son modèle favori. Le mariage est vite décidé : il sera célébré à Honfleur au début du mois de décembre 1948. Le proverbe canadien « Qui prend Femme, prend Pays » va encore se vérifier : André Hambourg est devenu normand !
A partir de1949, André et Nicole vont vivre à Paris dans la maison-atelier du 39 rue Boissonade dans le quartier de Montparnasse, occupée par le peintre depuis 1936. Le jeune couple revient régulièrement à Honfleur. André s’échappe souvent pour aller peindre les plages de Trouville et de Deauville. En 1954, Nicole donne naissance à leur fils Pierre-Arthur.
Par la suite le peintre pose son chevalet sur la Côte d’azur, à Venise et dans de nombreux pays ; il sillonne les mers du globe tout en restant fidèle à la Normandie où il revient en famille chaque été.
La Thillaye
Englesqueville-en-Auge est une petite commune d’une centaine d’habitants blottie dans la campagne en lisière de la forêt de Saint-Gatien. Le village est situé à une dizaine de kilomètres de Trouville et Deauville et une quinzaine de kilomètres de Honfleur ; une amie d’André, Marthe de la Tour, leur fait découvrir le village et sa charmante église. Elle y possède une jolie maison où elle a ouvert un magasin d’antiquités et une galerie de peintures.
En 1962, séduits par le lieu, André et Nicole vont faire l’acquisition d’un domaine de 5 hectares occupé par des bâtiments fermiers délabrés. André va pouvoir rénover et transformer à son goût les quatre vieilles bâtisses. Les travaux s’étaleront sur plusieurs années. Jusqu’à la fin de leur vie, André et Nicole vont faire de « La Thillaye » leur refuge normand en y séjournant plusieurs fois chaque année.
Le bâtiment à l’entrée du domaine deviendra la maison occupée à l’année par le couple de gardiens. On y adjoindra un abri pour les animaux.
Le bâtiment central (agrandi) deviendra le logis d’habitation.
Le pressoir abritera l’atelier d’André, le garage et la cave.
Enfin, un petit bâtiment deviendra « la maison d’Arthur ».
André et Nicole apprécient la vue dégagée de leur domaine, le calme de la campagne, les arbres, les fleurs et les animaux qui animent ce domaine fermier !
Les animaux amis de la ferme
Tout au long de sa longue carrière, André Hambourg a peint de superbes compositions de fruits, légumes, victuailles diverses sur des tables ensoleillées ; on dénomme ces présentations « natures mortes ». Nicole et André n’aimaient pas cette appellation, préférant le terme « natures silencieuses » Le peintre préfère les « natures vivantes ».
Un lapinodrome va être installé. Madame lapine -qui répond au nom de Canicula- va rapidement peupler ce petit territoire. Un petit pigeonnier sera construit pour abriter quelques pigeons blancs. Un cheval, baptisé Horace, se réjouira des herbages avec un âne pour compagnon.
Les chèvres, dont le nombre variera de cinq à neuf au fil des années, seront les véritables vedettes du domaine. Le peintre les aimait particulièrement : elles serviront de modèles dans un grand nombre de toiles, pastels, dessins. Ces chèvres porteront les noms de Marguerite, Blanchette, Cabri, Bicouillou… Le favori s’appelait Timothée !
Il y a aussi quelques oies : celle baptisée Trompette suivra son maître comme un petit chien.
Il y aura des chats : Grisélidis, Cendrillon, Mimi, Douminou et les chiens Oscar et Sultane…
Les oiseaux de la grande cage parisienne sont transportés à la belle saison pour habiter dans la volière située dans le salon de musique.
Une ferme normande doit avoir des vaches : ce sont celles du fermier voisin qui serviront gracieusement de modèles pour les œuvres du peintre.
En 1976, les études et croquis captés à la Thillaye vont servir pour la création d’une fresque de mosaïques de cinq mètres de longueur ; cette décoration ornera les murs du réfectoire du lycée André Maurois de Deauville. Durant la période de sommeil estival du lycée, André Hambourg dessinera sur les murs des scènes de la vie rurale du pays d’Auge. Les mosaïstes Laurence Délu et Lars Nielsen réaliseront la pose de milliers de tesselles de couleurs pour donner vie à cette composition magistrale.
La Thillaye aujourd’hui
Selon la volonté d’André et de Nicole Hambourg, leur domaine de La Thillaye accueille des artistes en résidence dans le calme enchanteur de la campagne augeronne.
Ainsi, le cœur de ce lieu idyllique continue à battre, offrant aux jeunes générations d’artistes son cadre propice à la création.
La Thillaye continuera à vivre confirmant la belle devise qu’André Hambourg avait choisie :
« FAIRE AIMER LA VIE »

